, Bulletin n°20
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Etats-Unis

Ferguson : la fin d’une illusion ?

Aux États-Unis, pays où un homme est souvent arrêté à cause de la couleur de sa peau, noire, où plusieurs hommes noirs meurent chaque semaine sous les coups de la police le plus souvent dans l’indifférence générale, les émeutes de Ferguson sont singulières.

Singulières, mais représentatives de la situation actuelle aux États-Unis. Ce 9 août 2014, la mise à mort par un policier d’un jeune homme de 18 ans, Michael Brown, a entraîné une révolte telle qu’il n’y en avait plus eu depuis vingt ans aux États-Unis.

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En 2008, l’arrivée au pouvoir d’Obama avait soulevé un immense espoir dans tout le pays, notamment sur la question du racisme. Six ans plus tard, la déception politique, des Noirs notamment, règne. L’étincelle de Ferguson atteste que non seulement l’espoir qu’avait pu représenter l’élection d’Obama est bien loin, mais montre que les contradictions de classes ont fait voler en éclat l’unité nationale qu’Obama a tenté de réaliser, et indique que les combats cherchent à se situer sur un terrain de classe.

Un pays marqué par le combat pour les droits civiques des Noirs...

Les années 60 avaient vu un tournant dans l’obtention des droits pour les Noirs : le Civil Rights Act de 1964, et le Voting Rights Act (1965) bannirent la ségrégation des lieux publics et les restrictions « légales » au droit de vote (jusqu’aux années 60, les Noirs du Sud ne pouvaient pas voter). Ne résolvant ni la question des ghettos urbains, ni de la misère, des émeutes éclatent entre 1965 et 1968 (250 Noirs périront et plus de 8000 seront blessés). Le point culminant sera l’assassinat de Martin Luther King en 1968, qui sera suivi d’une nouvelle loi contre la discrimination dans le logement (et du vote d’une autre loi contre les émeutes).

Dans les années 80, la mobilisation révolutionnaire reflue mondialement. Mais le recul de la ségrégation officielle (associé notamment à une augmentation de l’accès à l’éducation) et la constitution d’une petite bourgeoisie noire, ne résolvent en rien la question raciale qui est indissociable de la question sociale. Les six jours d’émeutes à Los Angeles, en 1992, suite à l’acquittement des policiers qui avaient passé à tabac Rodney King, en sont une manifestation.

...mais un racisme policier toujours présent

Depuis l’acquisition des droits civiques, les Noirs sont toujours sujets de discriminations policières. Et malgré l’arrivée d’Obama au pouvoir, au cours de ces dix dernières années, à Ferguson comme dans le reste des États-Unis, le comportement raciste de la police n’a pas diminué. Dans certains États, comme dans le Missouri (où se trouve Ferguson), il pourrait même avoir augmenté.

Cette discrimination au faciès se traduit notamment par des interpellations policières toujours plus fréquentes pour les Noirs que pour les Blancs (fréquences mesurées par l’analyse du nombre de véhicules arrêtés par la police en fonction de la couleur de la peau de leur conducteur, et par l’analyse du nombre de piétons interpellés par la police en fonction de leur couleur de la peau). Elle se traduit également par une plus forte fréquence de mortalité des Noirs au cours d’arrestations (un Noir a quarte fois plus de risque qu’un Blanc de décéder au cours d’une arrestation), et une impunité banalisée des policiers.

À cette discrimination policière qui pèse au quotidien sur la vie des Noirs, s’ajoute d’autres discriminations, économiques et sociales.

CONTRÔLES AU FACIÈS

Des études de « racial profiling » soulignent les actes de discrimination des policiers américains envers les Noirs.

Par exemple la probabilité que la voiture d’un conducteur Noir soit arrêtée par la police était 1,3 fois plus importante dans le Missouri (3,4 pour Ferguson) en 2004 que pour un conducteur Blanc ; cette probabilité a augmenté durant la dernière décennie : en 2013, le véhicule d’un conducteur Noir avait 1,65 fois plus de chance d’être arrêté (3,7 pour un Noir de Ferguson). (1)

De même, diverses études menées en Arizona, Virginie Ouest, Minnesota, Illinois, Texas, Nebraska montrent que les véhicules des conducteurs noirs sont plus facilement arrêtés. (2)

À New York, les chiffres concernant le contrôle des piétons montrent cette même discrimination : 50% des piétons contrôlés (et souvent fouillées dans la rue, opération « stop and fricks ») sont des Noirs... alors qu’ils représentent 28% de la population totale de New York. »). Ce pourcentage est jugé stable sur les 10 dernières années. (3)

Enfin, plus dramatique, un Noir a 4 fois plus de risque de décéder qu’un Blanc lors d’une arrestation policière. (D’après les chiffres de la justice américaine (4), lors d’une telle arrestation, un Blanc décède toutes les 30h, et un Noir toutes les 40h. D’après MXGM, ce chiffre est de 1 décès d’un Noir toutes les 28h en 2012 (5) ; alors que les Noirs constituent 12% de la population, contre 67% pour les Blancs non hispaniques).

En France, une étude de 2007- 2008, menée sur le contrôle d’identité de piétons en cinq sites parisiens, a montré qu’un Noir avait 3,3 à 11,5 fois plus de chance d’être contrôlé, et une personne perçue comme arabe 1,8 à 14,8 fois (variation selon le site d’étude). (6)

Sources :

(1) rapport de l’état du Missouri, http://ago.mo.gov/VehicleStops ; la probabilité que le véhicule d’un conducteur noir se fasse arrêté à l’échelle de l’État et de Ferguson est à peu près la même, cette probabilité est beaucoup plus faible pour un conducteur blanc à Ferguson qu’à l’échelle du Missouri, d’où des différences importantes.

(2) Rapport « The Reality of Racial Profiling », par The Leadership Conference on Civil and Human Rights

(3) Chiffres du NYCLU : http://www.nyclu.org/content/stop-a...

(4) Rapport du département de Justice, US, « Arrest-Related Death ».

(5) d’après MXGM, 2012 Annual Report on the Extrajudicial Killing

(6) Rapport Police et minorités visibles, par Open Society Justice


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Ma peau noire n’est pas une arme
Une discrimination économique et sociale toujours prégnante

Suite aux luttes des années 1960, avec la fin de la ségrégation légale, l’obtention de droits civiques a permis la création d’une petite et d’une grande bourgeoisie noire ainsi que la formation d’un groupe de politiciens noirs ayant d’importantes positions au sein de l’État. L’élection d’Obama en 2008 a alimenté l’idée de l’avènement d’une Amérique post-raciale (Obama a recueilli 95% des votes des Afro-Américains). Mais en moyenne les Noirs constituent toujours les couches les plus pauvres de la population américaine (viennent ensuite les Latinos). Ils ont en outre été le plus affectés par la crise qui sévit depuis 2007 : en 2012, le revenu médian des ménages est de 51 017 dollars, contre 33 320 dollars pour les ménages noirs (57 009 dollars pour les ménages blancs). Entre 2000 et 2012, le salaire des ménages blancs à baissé de 6,3% contre 15,8% pour les ménages noirs. Entre 1972 et 2012, le rapport entre les revenus des ménages blancs (non hispaniques) et noirs n’a pas changé de façon significative.

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De plus, les Noirs sont toujours soumis à une discrimination économique et sociale.

Des études ont ainsi montré que les enfants nés entre la fin des années 50 et le début des années 1980 dans des familles noires ont moins souvent monté (et plus souvent descendu) dans l’ascenseur social que les enfants de même âge nés dans des familles blanches de même revenus.

Au début des années 2000, l’utilisation de subprimes dans les prêts immobiliers permet de mesurer cette discrimination : pour un revenu compris entre 92 000 et 152 000 dollars, 70% des ménages Noirs auraient obtenu un prêt contenant des subprimes, contre 16% des ménages Blancs de même revenu.

La population noire est également plus affectées par la privatisation des écoles publiques, ou par l’augmentation du taux d’incarcération (ce taux a crû de façon continue de 0,2% à 0,7% de 1980 à 2000 et près de 60% des hommes Noirs non diplômés ont, aujourd’hui, connu la prison - en France le taux d’incarcération était de 0,07% en 2000).

Ferguson n’échappe pas à cette situation : le taux de chômage (unemployment) a augmenté, entre 2000 et 2010-12, de 5% à 13%.

Une situation à l’instar des États-Unis dont le taux de chômage moyen est passé de 4% en 2000 (8% pour les Noirs) à 8% en 2012 (14% pour les Noirs).

À Ferguson, l’augmentation du taux de chômage s’est accompagnée d’un changement structurel : entre 2001 et 2010, la population noire de plus de 16 ans est passée de 48% à 65% (et de 48% à 34% pour la population blanche).

Pourquoi Ferguson ?

Parce que la situation était mûre... la colère devait éclater. L’arrivée au pouvoir d’un Président noir avait été perçue comme une revanche historique, une possibilité d’en finir avec le discours séculaire (et souvent intériorisé) de la prétendue infériorité des Noirs. Mais Obama, candidat du Parti démocrate (élu sur le programme d’un des partis historiques de la bourgeoisie américaine) ne pouvait répondre à la question raciale intrinsèquement liée à la question économique et sociale. Six ans après sa première élection, rares sont ceux qui pensent encore qu’Obama pourra y répondre. Nombre de villes sont d’autres Ferguson.

Et les différents faits et gestes policiers qui environnèrent l’assassinat du 9 août, faits et gestes déjà rencontrés lors d’autres meurtres policiers, se conjuguèrent et firent déborder la colère.

Colère par rapport à une police qui traite les Noirs comme des sous-hommes  : colère à Ferguson contre le meurtre d’un jeune homme sans arme, récemment diplômé et qui devait entrer à l’Université deux jours plus tard, colère contre le meurtre d’un jeune homme qui a été abattu alors qu’il avait les mains en l’air et criait : « Don’t shoot » (et qui reçut des balles alors qu’il baissait la tête, comme l’a montré par la suite l’autopsie de son corps). Cette colère se manifesta par le slogan « Hands up, Don’t shoot » ( « Les mains en l’air, Ne tirez pas ») qui devint l’un des plus populaires.

Colère par rapport aux mensonges de la police : le lendemain du meurtre, la police expliquait que Brown aurait attaqué le policier, tenté de lui prendre son arme. En outre, les manifestants auraient scandé le soir du meurtre le slogan « Kill the police » ( « Tuons la police »). Ce mensonge policier déformait le véritable slogan qui avait été scandé : « Killer cops have got to go » ( « Les policiers qui tuent doivent partir »). Et les mensonges se poursuivirent la semaine suivante : la police annonça que Brown aurait volé des cigares et c’est pourquoi il avait été arrêté (face à la colère, la police recula et dû reconnaître que le policier avait arrêté M. Brown sans être au courant d’un vol de cigares à proximité).

Colère par rapport à l’impunité du policier, impunité banalisée aux États-Unis  : les mensonges de la police, et sa volonté manifeste de vouloir criminaliser Michael Brown, n’ont fait qu’aviver ce sentiment d’injustice, qui transparaît dès le premier soir dans le slogan « no justice, no peace » ( « pas de justice, pas de paix  »).

Colère par rapport à la violence de la répression face à un mouvement pacifique : dès le premier soir, les habitants rassemblés devant le poste de police furent accueillis par des dizaines de policiers venus d’autres localités et portant fusils et vêtements anti-émeutes.

Les jours suivants, le déploiement ultra-militarisé des policiers et de la Garde nationale ne fit qu’accroître cette colère.

Dès le lendemain de l’assassinat apparut également une colère contre les médias : alors que la première photo diffusée de M. Brown le montrait coiffé d’une toque de jeune diplômé, les médias choisirent rapidement une autre photo de Brown en style rappeur. Une nouvelle indignation jaillit alors qui aida à faire connaître le meurtre de M. Brown : à partir du 10 août, plusieurs personnes posèrent sur twitter deux photos de leur personne, se demandant laquelle la police choisirait s’ils étaient tués (hastag : #IfTheyGunnedMeDown).

Puis colère contre la volonté policière que la révolte de Ferguson ne soit pas couverte par les médias : des gaz lacrymogènes furent tirés en direction des cameramen, des journalistes furent arrêtés, une zone d’exclusion aérienne fut mise en place... vraisemblablement pour empêcher les hélicoptères de la presse de filmer.

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Une colère qui se cumula à celles provoquées par d’autres meurtres de cet été : celui d’Eric Garner, étranglé par la police de New York ; celui de John Crawford dans l’Ohio tué par la police car il portait un jouet en plastique ; celui d’Ezell Ford, à Los Angeles vraisemblablement abattu dans le dos par la police alors qu’il gisait à plat ventre sur le sol. Une colère qui en rejoignait d’autres qui s’étaient dernièrement exprimées nationalement, comme lors des manifestations importantes à Chicago et New-York en 2013, suite à l’acquittement du vigile qui, en 2012 en Floride, avait tué le jeune Trayvon Martin.

Ferguson reçoit un immense soutien

Ces colères touchèrent toutes les franges de la population, des plus pauvres à la petite bourgeoisie. Le jeudi 14 août, des milliers de manifestants se rassemblèrent partout dans les États-Unis : Boston, Oakland, Los Angeles, Chicago, Détroit, San Francisco, New York, Philadelphie, Howard University (alors que les cours n’avaient pas encore repris). Ce mouvement nommé National Moment Of Silence fut lancé et relayé par les réseaux sociaux (le #NMOS14).

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Des associations citoyennes apportèrent leur soutien, ainsi que des artistes. Alors qu’Obama avait récemment livré des armes à Israël et que la Palestine était sous les bombes, une centaine de Palestiniens (résidant ou non en Palestine) et des organisations palestiniennes apportèrent par une déclaration leur entier soutien, et rappelèrent l’influence de la lutte des Noirs pour leur dignité dans leur propre combat.

Quant à la classe laborieuse, elle se manifesta également, de façon toutefois locale.

Ferguson reçut le soutien de travailleurs : soutien sous forme de distributions gratuites de nourriture, organisées localement par des travailleurs de la restauration rapide qui avaient réalisé des collectes dans leur entourage (comme la distribution, par cinq travailleurs défilant en tenue de travail, de plus de 1000 dollars de chips et de burritos), soutien sous forme d’apparition dans les défilés de militants du mouvement Fight for 15, venus de villes alentours. Ce mouvement, national, a été fondé en 2012 et regroupe de nombreux travailleurs de la restauration rapide qui se battent pour un salaire horaire minimal de 15 dollars et le droit de former un syndicat sans être soumis à représailles.

Un tel soutien tranche avec le comportement de la principale fédération syndicale, l’AFL-CIO, qui sortit un bref communiqué dont le contenu perpétue le fossé syndical entre la défense des Noirs et la défense des travailleurs : « Malgré la tragédie, c’est aussi une occasion pour avoir une importante discussion sur les problèmes que nous avons longtemps négligés dans ce pays. », « Il est encourageant que le département de la justice et que le FBI enquêtent de près sur cet incident afin de servir la communauté de Ferguson. ».

La présence des travailleurs de Fight for 15 à Ferguson traduit quant à elle une réponse de classe.

Mais pour Carl Finamore, syndicaliste à l’AFL-CIO, l’AFL-CIO aurait dû être à Ferguson : « Le tableau n’est pas complètement sombre. Il y a quelques mesures positives. Dans le Sud, plusieurs grands syndicats font des alliances avec des organisations de « justice sociale », soutiennent des millions de travailleurs de la restauration rapide qui demandent un salaire à 15 dollars/heure, et accroissent leur soutien politique aux travailleurs immigrés et exploités ».

Comme dans tout pays capitaliste, la bourgeoisie oppresse les travailleurs et notamment les plus pauvres, cherche à empêcher qu’ils s’organisent et, dans ce cadre, le racisme est un des outils utilisés par la bourgeoisie pour diviser les travailleurs. Combattre dans le cadre des syndicats, aux États-Unis comme en France, pour que l’unité des travailleurs de toutes origines se réalise contre le racisme et la division, en défense des revendications, est une des premières nécessités.

De la colère au combat politique

En transformant leur colère en un combat pour que le policier qui a tué Michael Brown soit mené devant la justice, les manifestants sont arrivés en peu de temps à ébranler quelque peu le système institutionnel : l’ouverture d’une enquête indépendante de celle des pouvoirs locaux souvent partiale et la réalisation d’une troisième autopsie par le FBI peuvent paraître de maigres résultats, mais cela traduit la reconnaissance par l’État fédéral de la corruption et de la discrimination à l’échelle de l’État (ce qui ne veut pas dire que l’État fédéral n’est pas également corrompu et raciste).

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En réponse à l’assassinat de M. Brown, plusieurs organismes et pétitions demandent une démilitarisation de la police, et une « bonne police », reprenant à leur façon les mots d’ordres principaux de Ferguson ( « ne tirez pas », « pas de justice pas de paix », « les policiers qui tuent doivent partir »), dirigés contre l’appareil judiciaire et politique. Si le combat pour que « justice soit faite », pour que cesse le harcèlement policier quotidien sur certaines populations est juste, il ne faut pas oublier que cette violence est initiée par l’État bourgeois : elle est intrinsèque au capitalisme, à la violence de la classe bourgeoise sur la classe ouvrière.

Les divisions de classes apparaissent dans ces événements : le traitement médiatique des émeutes vise à justifier ou à cacher la violence policière, le harcèlement et les arrestations faites en utilisant un lourd armement ; les medias veulent faire croire que le racisme à Ferguson serait une exception. Ces médias passent sous silence le fait que c’est la police qui est l’instigatrice de toutes ces violences, de l’assassinat de Michael Brown aux multiples tentatives de répression des manifestants. En parlant d’une opposition entre la jeunesse noire, qui serait violente et qui ne vote pas, et les Noirs plus âgés, pacifiques, les medias masquent la division réelle qui apparaît à Ferguson et dans toute la population noire : une division de classe, non une division générationnelle.

Aujourd’hui, l’élite noire (des milliers de fonctionnaires noirs, les élus noirs du parti d’Obama, les dirigeants noirs des directions de nombreuses organisations de défense des droits civiques) cherche à faire croire que les Noirs sont responsables de leurs propres conditions. Les discours du révérant Sharpton en sont une claire représentation : en 2009, dans une tournée en présence de Duncan, secrétaire à l’éducation, il vantait la mise de l’enseignement public sous contrôle de sociétés privées, et le 25 août dernier, aux funérailles de M. Brown, il tenait un discours moralisateur :

« Et maintenant que nous sommes au XXIè siècle, nous sommes arrivés à un moment où nous avons des positions au pouvoir. Et vous décidez si les Noirs doivent cesser de ne plus réussir. Maintenant, vous voulez être un « nègre », et appeler votre femme une « putain ». Vous avez oublié d’où vous venez ».

Alors que ces dernières années ont connu une très forte dégradation des services publics (bien souvent avec la caution des élus noirs), il reprenait ainsi le discours d’Obama : “Je crois que ce qui unit cette nation... est la croyance simple et profonde dans l’égalité des chances - l’idée que si vous travaillez dur et prenez des responsabilités, vous pouvez aller de l’avant  ». Et cela reprend la vieille rengaine de la responsabilité individuelle des travailleurs selon laquelle « si les chômeurs sont chômeurs c’est qu’ils en sont responsables », « si l’administration est blanche dans une ville à majorité noire [comme Fergsuon], les Noirs n’ont qu’à aller voter »...

Mais la classe ouvrière, noire en particulier, n’est plus dupe. C’est ce que soulignent les propos d’un jeune noir à Ferguson : « Je crois sincèrement que [nos leaders politiques] ont échoué. C’est à cause d’eux si les choses sont comme ça maintenant. Ils ne nous représentent pas. C’est pourquoi nous sommes ici pour un nouveau mouvement. Et nous avons des guerriers par ici ».

Propos qui attestent vraisemblablement d’une volonté de situer les combats sur un terrain de classe et de la recherche d’une nouvelle direction politique.

RESTRICTION des LIBERTÉS DÉMOCRATIQUES

Dans la foulée du 11 septembre 2001, le Congrès a voté le Patriot Act supprimant des pans entiers des libertés et droits démocratiques (Habeas Corpus), permettant de criminaliser toute contestation au nom de l’antiterrorisme.

Un nouveau ministère a été créé aux États-Unis - le Département de la sécurité intérieure (Homeland Security Department) - doté de ressources apparemment illimitées. Ce ministère coordonne et finance, aux côtés du Pentagone, la transformation de la police locale en forces paramilitaires anti-insurrectionnelles. Et le tout premier commandement militaire à couvrir le territoire des Etats-Unis, le Northern Command, Commandement Nord américain, NORTHCOM, a été constitué*.

C’est ainsi que les forces de police locales ont été armées de mitraillettes, de véhicules blindées (souvent repris des stocks rapatriés de l’Irak)… comme on l’a vu dans les images diffusées par la presse lors des premières manifestations à Ferguson. Et l’État du Missouri a pu imposer, avec l’appui d’Obama, un dispositif martial à Ferguson, une ville à grande majorité ouvrière.

Depuis 13 ans, les dispositifs policiers et les atteintes aux droits démocratiques se sont encore accrus. Les lois « d’exception » liberticides du Patriot Act votées sont reconduites. Ainsi, suite aux attentats de Boston du 17 avril 2013, le 4è amendement à la Constitution (« Bill of Rights » ratifié en 1791) a été suspendu : pour la première fois, une grande région urbaine fut bouclée par l’armée et la police et les libertés civiles effectivement suspendues. Et l’usage des tactiques militaires dans la répression des mouvements sociaux est récurent.

* Défense nationale des forces armées canadiennes http://www.journal.forces/gc.ca/vo4...

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Notes :

1. Ferguson, Watts and Dream, T.B. Edsall , The New York Times, 19/08/2014, http://www.nytimes.com/2014/08/20/o...
2.Rapport governmental, Income, Poverty and Health Insurance Coverage in the United States : 2012
3. Cf. la note (1)
4. Dreams shattered in Black America, K.-Y. Taylor, Socialist Worker, 15/03/2010
5. D’après le rapport comparatif du service correctionnel du Canada, de 2014, http://www.csc-scc.gc.ca/recherche/...;; Prison, le contre-exemple américain (29/06/2014, Le Monde) de Nicolas Duvoux, et les recherches de Bruce Western
6. Ferguson, Mo. Emblematic of Growing Suburban Poverty, E. Kneebone, publication du Brookings Institution, 15/08/2014
7. D’après le rapport Current Population Surevey, 2014, Bureau of Labor Statistics, du http://www.bls.gov/web/empsit/cps_c...
8. D’après les recensements de 2001 et 2010 répertoriés dans les rapports de l’état du Missouri, http://ago.mo.gov/VehicleStops/
9. Déclarations d’artistes publiée le 19 août dans Redwedge, « Artists & Writers in Solidarity with Ferguson » ; Déclarations de Palestiniens dans The Elecronic Intifada, le 15/08/2014
10. Ferguson is fighting back, Socialist Worker, 18/08/2014
11. Déclaration de l’AFLCIO http://www.aflcio.org/Press-Room/Pr...
12. Where is labor in Ferguson ?, par Carl Finamore, Socialist Worker, 21/08/2014
13. What divides Black America ?, K.-Y. Taylor, Socialist Worker, 27/08/2014

 
 
Mis à jour le
1er
juillet
2020