L'insurgé
La jeunesse est la flamme de la révolution (Karl Liebknecht)
Pour une organisation révolutionnaire
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juin 2017, Bulletin n°30
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Enseignement et Recherche

L'école de Macron - Blanquer


Dans une situation où la bourgeoisie française se trouve en position de faiblesse sur le marché mondial, Macron a pour objectif de restaurer la compétitivité des entreprises. Ceci passe notamment par l'adaptation de l'Éducation nationale aux besoins les plus urgents du patronat. L'objectif général assigné à l'éducation est donc de former, avec la plus grande efficacité possible, une main d'œuvre docile et serviable.


Blanquer, nouveau ministre de l'éducation, a annoncé qu'il n'aurait pas besoin d'une nouvelle loi d'orientation. En effet, toutes ses attaques pourront se mener dans le cadre des lois Peillon/Fillon sur l'école. Ainsi, Blanquer prévoit d'attaquer les garanties collectives données par les diplômes nationaux, le droit aux études, en développant l'autonomie des établissements qui permettra ainsi de détruire tout cadre national de l'éducation.


Apprentissage, insertion professionnelle

Le programme de Macron met l'apprentissage patronal au centre, en vue d'organiser les formations au plus près des besoins des entreprises, tout en mettant à leur disposition une main d'œuvre quasi gratuite pendant les années d'apprentissage. Tout lycée d'enseignement professionnel devra proposer des formations en apprentissage. Pour contraindre les lycées à de telles ouvertures, le montant de la taxe d'apprentissage sera réservé à l'apprentissage, privant l'enseignement public d'une grande part de financement. C'est un boulevard ouvert au privé dans l'enseignement professionnel.

En application de la loi Peillon, la carte de formation sera déléguée aux régions, poursuivant ainsi ce qu'avaient engagé les gouvernements sous Hollande. Les branches professionnelles seront associées à la définition des programmes, comme à la définition de la carte de formation.
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Les universités pourront librement proposer leurs offres de formation. Alternance et apprentissage seront favorisés, les licences professionnelles en alternance sur trois ans seront développées. À terme, l'objectif est que l'alternance devienne un « quasi monopole […] comme voie d'accès aux emplois de qualification moyenne ».

En parallèle, des ébauches de sélection à l'université sont envisagées. Les universités afficheront les prérequis de chacune des formations proposées ; les bacheliers n'ayant pas les acquis minimaux ne pourront s'inscrire qu'après avoir comblé leurs lacunes par des cours d'été ou des validations de modules universitaires.

Autant de mesures qui permettront de restreindre le droit aux études des élèves et de leur faire porter la responsabilité de leur échec éventuel, alors que les conditions d'enseignements se dégradent de la maternelle au lycée. Cela conduira également, dans le cadre des regroupements d'université, à supprimer de nombreux cursus, considérés comme non utiles par le patronat. Voilà le patronat satisfait sur les deux tableaux : la main d'œuvre est formée en vue de ses besoin et à moindre coût.

Ainsi, le système éducatif doit évoluer pour coller au mieux, à moindre coût aux besoins patronaux en main d'œuvre : une minorité d'emplois très qualifiés (niveau bac +5), d'accès très restreint, des emplois intermédiaires auxquels on accéderait par l'apprentissage ou l'alternance, et une masse d'emplois pas ou très peu qualifiés, pour lesquels les jeunes ne devront pas être formés au delà du formatage du socle commun de compétences.

Toutes ces mesures ne pourraient se mettre en place qu'en s'attaquant au cadre national de l'éducation, à la reconnaissance des diplômes et du bac qui donne droit à la poursuite d'études.


Autonomie des établissements

Les établissements scolaires disposeront d'une plus grande marge de manœuvre concernant l'élaboration du projet pédagogique et les parcours individualisés proposés aux élèves, en même temps qu'une évaluation régulière sera mise en place mettant en concurrence les établissements.

Dans le premier degré, les communes auront le choix de proposer ou non des activités périscolaires. Ceci accentuerait les inégalités entre les collectivités territoriales. Il ne s'agit pas de revenir sur la réforme des rythmes scolaires : dans ce tour de passe-passe, les élèves perdent des heures de cours alors que le temps de travail des professeurs des écoles reste annualisé. Un bilan personnalisé sera mis en place pour chaque élève, alors que les enseignants devront individualiser les apprentissages en utilisant le numérique.

Dans les établissements REP et REP+, les chefs d'établissement pourront recruter librement les enseignants, tout en proposant une prime additionnelle pour les enseignants volontaires, accentuant ainsi l'individualisation des salaires. Dans le supérieur, les universités auraient une liberté totale pour le recrutement des enseignants.

L'arrêté collège pris par Blanquer développe encore plus l'autonomie des collèges mise en place sous Hollande avec la réforme du collège : les horaires des options font désormais également partie du pot commun des heures librement affectées par les chefs d'établissement. Ainsi, une liberté plus grande est laissée pour l'application la réforme, accentuant ainsi les inégalités entre les établissements.

L'attaque la plus importante concerne les lycées. Il s'agit de s'appuyer sur une réforme du baccalauréat introduisant une large part de contrôle continu pour revoir toute l'organisation du lycée. D'ores et déjà, les dysfonctionnements lors des épreuves du bac (parfaitement évitables en s'en donnant les moyens) sont mis en avant pour justifier une telle réforme. Seules quatre épreuves resteraient terminales, ce qui conduirait à organiser différemment le parcours scolaire des élèves. L'idée d'un lycée modulaire sur le modèle de l'université est évoquée, réalisant ainsi le continuum bac-3/bac+3. En individualisant ainsi les formations, le caractère national du baccalauréat serait encore plus attaqué, tout comme le droit à la poursuite d'étude.

La volonté d'instaurer des pré-requis à l'entrée de l'université est à relier à ces annonces. Dès la rentrée, plutôt que d'ouvrir des places en nombre suffisant, des modes de sélections absurdes, par tirage au sort, sont mis en place pour certaines filières comme STAPS ; ceci prépare le terrain à une sélection sur dossier, moins aléatoire.

Cette « liberté » accrue aura pour corollaire une évaluation régulière des établissements du second degré, permettant leur mise en concurrence. L'évaluation sera conduite par le chef d'établissement ; elle mobilisera les parents et les élèves, l'équipe pédagogique, suivant ainsi le modèle Anglo-saxon. Dans le supérieur, les étudiants évalueront leurs enseignants. Par ailleurs, les moyens donnés aux établissements dépendraient du résultat de leur évaluation, ce qui est un moyen de soumettre la liberté pédagogique aux objectifs de résultats.


Des attaques contre le personnel.


L'autonomie des établissements entraînerait une mise sous pression beaucoup plus importante des personnels. Les pouvoir accrus d'évaluation de la part des chefs d'établissement suite au protocole PPCR associés aux nouveaux statuts des enseignants permettront de leur imposer de nouvelles tâches. Déjà, la rémunération de la correction des examens est remise en cause, DGESCO et SIEC affirmant que l'évaluation des élèves fait maintenant partie des missions liées.

L'accompagnement des élèves devra être pris en charge en dehors du temps scolaire (pendant les vacances ou après les journées de cours) par des enseignants « volontaires », des bénévoles ou des associations, appelés à prendre une place très importante dans l'éducation. Se multiplieraient ainsi les stages de remise à niveau pendant les vacances. Il est à prévoir que l'accompagnement des élèves ne fasse plus partie du service hebdomadaire des enseignants mais leur soit imposé en vertu des nouveaux statuts. Par ailleurs, le fait de faire appel à des associations dans l'institution scolaire constitue une brèche dans le statut public des établissements, ouvrant la voie au développement du privé dans l'éducation national, ce qui est le but de Blanquer.

Le choix de Blanquer comme Premier ministre est totalement cohérent avec le programme de Macron, qui s'est probablement inspiré de nombres de mesures proposées par Blanquer pour son programme.

Blanquer a clairement indiqué sa méthode : pour vaincre les résistances, il s'agit de s'appuyer à fond sur le dialogue social avec les organisations syndicales et d'utiliser les expérimentations pour les étendre par la suite. Ainsi, la liberté de recrutement des enseignants proposée en REP+ devrait ensuite concerner tous les établissements. De même, la réforme du baccalauréat, qui s'annonce explosive, se mènera par de longues concertations préparatoires.



Mis à jour le 21 mai 2018


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