L'insurgé
La jeunesse est la flamme de la révolution (Karl Liebknecht)
Pour une organisation révolutionnaire
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juin 2015, Bulletin n°23
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Social

Grèves à l'assistance publique - hôpitaux de Paris


Le Pacte de responsabilité, la loi Macron et le projet de « loi Santé » sont les outils d'un vaste plan d'attaques contre la santé, les hôpitaux publics, la sécurité sociale...

Alors que les Agences Régionales de Santé viennent de recevoir les instructions concernant le plan d'économies de 3 milliards d'euros à réaliser sur les établissements de santé jusqu'en 2017 (moins de lits et de capacité d'accueil, une masse salariale sous contrôle, une renégociation des accords sur les 35 heures…), le projet de loi de « modernisation de la santé » a été voté le 14 avril en première lecture à l'Assemblée.


Cette loi rend, entre autres, obligatoire l'adhésion de tous les hôpitaux à un groupement hospitalier de territoire (GHT). Ce qui imposera la fusion des hôpitaux publics entre eux, et aussi avec le secteur privé, la suppression massive de postes dans les services publics et des mises à disposition du privé de fonctionnaires hospitaliers. De quoi réaliser des milliards d'économies !




Le plan Hirsch, un modèle ?

À Paris, Martin Hirsch, directeur de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) annonçait, en mars dernier, vouloir économiser 20 à 25 millions d'euros par an et « sauver » 4 000 emplois sur cinq ans en réorganisant les horaires de travail. Une importante partie des économies devrait se faire sur le dos des salariés. La masse salariale représente 60% du budget de l'AP-HP.

Avec le soutien du gouvernement, cet « homme de communication », a engagé une tournée des 38 hôpitaux de l'AP-HP pour expliquer directement sa démarche aux salariés.

Selon Hirsch, l'accord AP-HP de 2002 sur la réduction du temps de travail ne serait plus adapté aux enjeux d'aujourd'hui. La majorité des personnels travaille 7h36 ou 7h50 par jour, dépassant 35 heures hebdomadaires. Les minutes accumulées font ainsi des milliers de jours en récupérations, en RTT. Par manque d'effectif, très souvent, les personnels ne peuvent même pas bénéficier de ces jours de RTT.

Hirsch veut modifier l'organisation du travail, avec un plus grand nombre de personnes travaillant 7h30 ou 7 heures par jour, d'autres peut-être 10 heures, et espère réaliser des économies substantielles en récupérant une masse de RTT. Mais pour les infirmières et autres personnels qui régulièrement quittent leur poste de travail au-delà du temps initialement prévu, travailler officiellement 6 minutes de moins, ne change rien à la masse de travail. Par contre la suppression des RTT s'ajoute aux conditions de travail déjà très dégradées.

De plus, ce plan de réorganisation du temps de travail remet en cause non seulement les RTT, mais aussi le temps de pause et le temps de repas. Et les heures supplémentaires ne sont plus comptabilisées.

Aujourd'hui à l'AP-HP, c'est le manque criant d'effectifs, la dégradation des conditions de travail, et des emplois sont précarisés (20 % des emplois sont en CDD). Le personnel est à bout de souffle.

Et le gouvernement espérait qu'un tel plan avalisé à l'AP-HP pourrait être étendu à tous les hôpitaux. L'AP-HP, c'est 75 000 salariés hors médecins et 10% des budgets hospitaliers.


Boycott des « négociations » et grèves massives

Hirsch misait sur le « dialogue social » pour briser les résistances : « toute mon action est tournée vers la recherche d'accord parce que je suis convaincu que ces changements peuvent être générateurs de progrès social. Et parce que j'ai un profond respect pour les représentants des personnels avec lesquels je travaille étroitement depuis mon arrivée ». Cette interview accordée aux Échos le 13 mars 2015 a révélé l'ampleur de l'attaque. Et la résistance des personnels a imposé le fait qu'aucune des huit organisations syndicales n'a pu s'asseoir à la table des négociations.

Le 21 mai 2015, 50% du personnel hospitaliers de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris était en grève, avec l'appui des syndicats C.G.T, F.O, SUD, C.F.D.T, U.N.S.A, C.F.T.C,C.F.E-C.G.C contre la loi Touraine et le plan Hirsch qui tentent d'imposer 25 millions d'économie sur le dos des hospitaliers et des patients en regroupant les hôpitaux et en supprimant 4 000 emplois d'ici 4 ans sur l'AP-HP.

Après les grèves massives du 28 mai, du 11 juin et du 18 juin 2015 contre le plan Hirsch, le directeur de l'AP-HP a dû retirer son plan.


Aucun « dialogue social »…

Hirsch se retrouve aujourd'hui en difficulté et cela manifeste des faiblesses du gouvernement. Sans « dialogue social », les contre-réformes ne sont pas possibles.

Marisol Touraine dit aujourd'hui que la méthode n'était pas bonne, après l'avoir soutenue. Car l'essentiel pour le gouvernement est de sauver la réforme de la santé (votée en 1ère lecture). Or, il y a une nouvelle grève nationale le 25 juin à l'appel des fédérations de la santé pour le retrait de la réforme et du plan d'économies. Car les deux sont liés : les restructurations induites par la réforme sont le moyen pour faire avaler les économies drastiques.

Hirsch a déclaré qu'il était « prêt au dialogue sur de nouvelles bases » avec les organisations syndicales. Il cherche à diviser les personnels en engageant des expérimentations dans des services volontaires. Il demande également une enquête sur les conditions de travail qui sera menée en juin, juillet et septembre, suivie par l'ouverture de négociations à l'automne qui se feront sur un nouveau document de travail. Pour cette enquête, les syndicats seront associés au processus.

Ainsi la direction de l'AP-HP change de tactique pour maintenir ses objectifs et parie sur le « dialogue social » avec les organisations syndicales pendant que les agents hospitaliers continuent de réclamer le retrait pur et simple du projet de loi : « Le plan Hirsch n'est ni amendable, ni négociable ». Ce mot d'ordre vaut aussi pour le nouveau plan, comme pour tous les aspects de la politique de ce gouvernement.


…retrait du projet de loi « santé »

Une circulaire fédérale de FO Services Publics et de Santé indique : « Jamais nous n'avons assisté à une telle conjonction d'attaques (budget, droits statutaires, dégradation de l'emploi, blocage des salaires et des évolutions de carrières, dégradation des conditions de travail, etc...) ».

La grève de l'AP-HP sur les RTT posait ouvertement la question du retrait du plan d'économies et du retrait de la « réforme santé ». Et une des questions centrales aujourd'hui, c'est le vote définitif de la loi Touraine prévu à l'automne (si elle est votée, cela ouvre les vannes aux regroupements forcés d'hôpitaux …).

Les revendications d'augmentation immédiate des salaires et du rattrapage du pouvoir d'achat, de la fin des suppressions de postes et de la création massive de tous les postes nécessaires sont aussi urgentes. Or, les « concertations » engagées depuis mars 2014 sur l'Avenir de la Fonction publique, les parcours professionnels, carrières et rémunérations des agents (PPCR) se poursuivent. Ce qui est proposé, c'est de répartir la pénurie entre les agents, en maintenant le blocage des salaires et la baisse de la masse salariale. Et sous couvert de « reconstruction de la grille », il s'agit en fait d'aller plus loin encore dans la casse des garanties statutaires en vue de nouvelles « économies ».

Faire face à cette « jonction d'attaques » impose de rompre avec tous les plans du gouvernement et d'engager un combat frontal contre cette politique. Sur cette orientation, l'unité peut et doit se réaliser pour arracher le retrait de la loi Touraine.



Mis à jour le 21 mai 2018


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