L'insurgé
La jeunesse est la flamme de la révolution (Karl Liebknecht)
Pour une organisation révolutionnaire
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04 mars 2014, Communiqué
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Ukraine

Ukraine : un mouvement révolutionnaire totalement légitime impose le départ de Ianoukovitch


Le 22 février, après trois mois de mobilisation, après une répression sauvage ayant provoqué plus de 80 morts, le président Viktor Ianoukovitch s'enfuyait de Kiev pour aller demander l'aide de son protecteur russe. Aussitôt, alors que le nouveau gouvernement transitoire venait à peine d'être formé en Ukraine, Poutine organisait l'occupation militaire de la Crimée, région jusqu'alors reconnue comme ukrainienne par les accords entre Russie et Ukraine, avec le statut particulier de république autonome. En quelques heures, les rivalités inter-impérialistes devenaient brutalement conflictuelles, mettant aux prises les impérialismes dominants (états-Unis, France et Grande Bretagne, Allemagne, etc) et l'impérialisme russe (appuyé par le gouvernement chinois), les uns et les autres faisant valoir leurs intérêts, lesquels sont contradictoires à ceux du peuple ukrainien, toutes composantes (linguistiques) inclues.


Une véritable mobilisation révolutionnaire

Dans le concert de commentaires qui accompagnent ces événements depuis décembre, le combat révolutionnaire du peuple ukrainien a lui-même été trop souvent caricaturé, déformé, voire purement et simplement nié, y compris dans la presse militante dite de « gauche ». Les uns et les autres se sont complus à mettre en évidence le rôle de « néo-nazis » parmi les manifestants de la place Maïdan, la soumission de cette mobilisation aux intérêts des puissances « occidentales », etc. Beaucoup, à « gauche », ont ainsi repris à leur compte la propagande de Poutine pour qui la révolution ukrainienne est un « coup d'état », propagande qui est plus ou moins ouvertement relayée en France par le PCF et ses proches.

Il faut donc dire clairement que c'est une mobilisation révolutionnaire qui a imposé la chute du régime, que c'est une exceptionnelle mobilisation de masses qui a entraîné son effondrement, en dépit du vote de lois liberticides en janvier, en dépit d'une répression policière d'une rare violence, en dépit de l'accord trouvé le 21 février qui visait à établir un compromis laissant en place Viktor Ianoukovitch (accord passé sous l'égide des médiateurs envoyés par l'Union européenne et en présence du représentant russe). Mais le peuple ukrainien voulait la chute immédiate de Viktor Ianoukovitch et l'a imposée.

Que des organisations réactionnaires, ultra nationalistes (ou néo-fascistes) soient venues parasiter cette révolution, aient joué un rôle dans les affrontements, est une réalité, d'autant plus « visible » que les organisations ouvrières sont très faibles du fait de l'histoire de l'Ukraine. Mais c'est une réalité surmédiatisée, qui ne saurait cacher que la grande masse des insurgés n'avait rien à voir avec ces groupes, et souvent cherchait à s'en préserver.


Combat pour les droits démocratiques

Le détonateur de cette révolution fut le refus, au dernier moment, fin novembre, du Président Ianoukovitch de signer l'accord d'association prévu avec l'Union européenne. Puis cette révolution s'est développée pour en finir avec un régime qui condamne le peuple à la misère alors que les mafias qui se partagent le pouvoir vivent dans un luxe insupportable, et qui venait de faire allégeance à Poutine. Ce qui fut déterminant dans cette mobilisation révolutionnaire, ce fut le refus de la répression contre les manifestants, de la répression à l'égard des journalistes, ce fut le rejet des nouvelles lois liberticides. Ce fut le refus massif d'un régime qui s'alignait de plus en plus rapidement sur les méthodes des régimes policiers russe et biélorusse. Ce fut le combat pour les droits démocratiques.

Et ce combat révolutionnaire fut auto-organisé, renouant avec les plus anciennes traditions d'auto organisation. En même temps, se cristallisant principalement (mais pas seulement) par l'occupation de la place Maïdan, cette insurrection révolutionnaire s'est aussi inscrite dans une continuité avec la vague révolutionnaire qui a jailli en Tunisie en janvier 2011 et dont l'occupation des places (celle de la Kasbah à Tunis, place Tahrir au Caire) fut l'un des emblèmes.

Certes, l'ordre économique et social, celui du capitalisme, n'a pas pour autant été abattu. L'essentiel des moyens de production demeure aux mains d'une poignée de capitalistes mafieux qui se sont accaparés les richesses au moment où le capitalisme fut réintroduit en Ukraine. L'appareil d'état, bien que fissuré dans certaines villes et régions, est pour l'essentiel demeuré en place en tant qu'appareil bourgeois assurant la défense des intérêts capitalistes.

Quant au nouveau gouvernement, que soutiennent certains des oligarques, il annonce d'ores et déjà qu'il devra imposer des « sacrifices » à la population.

Il n'empêche que c'est une révolution, soutenue par la grande majorité du peuple ukrainien, y compris par une part de sa composante russophone, qui a mis à bas le pouvoir. Et cela est intolérable pour tous les gouvernements bourgeois.


Refuser toutes les interventions impérialistes
(Russie, états-Unis, puissances de l'UE dont la France)

Cela est particulièrement intolérable pour Poutine qui redoute une mobilisation révolutionnaire analogue en Russie et qui menacerait son régime. Le recours à la force armée en Ukraine est, de fait, une opération armée contre la révolution ukrainienne. Elle exprime la faiblesse et la putréfaction du régime russe. Elle est dans la continuité de la guerre conduite contre le peuple tchétchène et de l'appui militaire que Poutine apporte au régime de Bachar el-Assad qui écrase dans le sang la révolution syrienne. Poutine escompte que les autres impérialismes accepteront en Ukraine un « deal » analogue à celui passé en Syrie : au-delà de quelques protestations et pressions, un accord général entre tous les impérialismes pour écraser la révolution syrienne.


Solidarité avec le peuple d'Ukraine

Dans cette situation, il ne s'agit en aucun cas de se mettre à la remorque de l'un ou de l'autre des impérialismes et de leurs intérêts : il s'agit de partir du fait que ce mouvement révolutionnaire est totalement légitime et de répondre aux demandes de soutien qui peuvent être exprimées, au sein du peuple ukrainien, par les organisations ouvrières, par les organisations syndicales et démocratiques, par toutes les forces qui entendent faire prévaloir les intérêts du peuple ukrainien sur les intérêts des oligarques et des différents impérialismes.




Mis à jour le 03 octobre 2014


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