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février 2012, Bulletin n°11
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Économie

La crise financière et monétaire mondiale
Endettement, spéculation, austérité


Le livre de Louis Gill, La crise financière et monétaire mondiale dresse un bilan de la crise économique et financière mondiale qui a éclaté en 2007, et s'intéresse en particulier au système monétaire et aux différentes politiques monétaires mises en œuvre par les gouvernements.

Louis Gill dresse, dans un premier temps, un tableau de la crise qui a éclaté 2007.

La crise de 2007 a éclaté à la suite de défaillances de prêts hypothécaires, les subprimes. Les limites de l'accumulation capitaliste avaient été sans cesse repoussées, notamment par un recours massif à l'endettement. Ainsi, le montant de la dette du secteur privé aux États-Unis a doublé entre 2000 et 2007. Cela avait été le moyen de « surmonter », après la crise de 2000, la « bulle internet ». Et les échéances avaient ainsi été repoussées jusqu'à la rupture de 2007.

Ce point de rupture avait été retardé le plus possible à l'échelle internationale grâce d'abord à une série de lois et de mesure depuis les années 50 jusqu'à aujourd'hui cherchant à libérer l'accumulation financière de toute contrainte. Cela a commencé avec la déréglementation enclenchée par le marché interbancaire des dollars ; puis l'effondrement en 1971 du système des parités fixes instauré en 1945 à Breton-Woods. Puis, le tournant monétariste de Thatcher et Reagan. On peut encore citer la transformation des banques en conglomérats financiers, la création des hedge funds, etc. La titrisation permet de transformer des prêts à long terme, comme des prêts immobiliers, en actifs échangeables à court terme. Des contrats de couvertures, CDS, sont alors créés : d'un montant nul en 2001, ils atteignaient en 2007 cinq fois le PIB des États-Unis. Autres exemples de l'hypertrophie du capital financier, détaché de « l'économe réelle » : la part des profits financiers par rapport aux profits totaux est passée de 10% à 40% entre 1980 et 2007.


Intervention massive des États

La première réaction des gouvernements a été un soutien massif à la finance privée, par une série de mesures : prêts, rachat de papiers commerciaux, échanges de devises, réductions d'impôts, nationalisation des pertes. D'une ampleur variable selon les pays, le plan de soutien a pu atteindre par exemple aux États-Unis un montant équivalant aux 2/3 du PIB. Les fonds spéculatifs ont ainsi pu renouer rapidement avec les profits.

Ainsi, des dettes privées ont été prises en charge par les États. La deuxième réponse des gouvernements a été des plans de rigueurs, pour faire payer aux travailleurs la crise. Sous prétexte d'éviter la faillite d'États en difficulté, les différents plans d'aide, toujours accompagnés de plans de rigueur drastiques, ont en réalité pour but de sauver les créances des banques détenant des obligations et de relancer la machine de l'endettement.

Néanmoins, ces différents plans de relance n'ont pas eu les effets espérés. Le processus d'accumulation du capital n'a pas été relancé. Le chômage est toujours à des niveaux très élevés. Les banques disposent de plein de liquidités, mais elles ne les utilisent pas pour prêter aux entreprises, signe que les banques ne croient pas à la reprise. Ces liquidités sont utilisées pour des placements à l'étranger, dans des pays dits « émergents », ou pour acheter des obligations gouvernementales, qui sont des placements considérés comme plus sûrs. Ainsi, la France, l'Allemagne empruntent actuellement à des taux plus bas qu'avant le déclenchement de la crise.

La politique d'assouplissement quantitatif, pratiquée par la FED aux États-Unis et par la banque centrale d'Angleterre, est un autre moyen d'apporter de nouvelles liquidités, mais a pour effet de dévaluer leur monnaie par rapport à celle des autres pays. C'est alors la « guerre des monnaies ».

Ainsi, Gill décrit-il avec minutie les politique fiscales, la place de l'immobilier, les institutions financières, la multiplication du crédit par le système bancaire et les effets des nouveaux produits de la spéculation, la masse gigantesque de capital volatil, la transformation de la dette privée en dette publique...


Monnaie et crédit

Il aborde aussi des points en général laissés dans l'ombre par les articles économiques, dont celui, central, de la nature de la monnaie : « en économie marchande, la vente des marchandises, leur transformation en monnaie, est le moyen par lequel les travaux privés, dont elles sont le produit, sont souvent validés en tant que travail social ».

L'éclatement de la crise financière a entraîné une crise de liquidité. Avant l'intervention massive des États, beaucoup de grandes entreprises étaient au bord de la faillite. Dans les périodes de fonctionnement normal du capitalisme, l'argent semble s'effacer derrière le crédit. Les banques accordent des lignes de crédit aux entreprises Mais quand une crise éclate, l'argent redevient ce que l'on recherche avant tout : le manque de confiance envers les autres banques ou entreprises se généralise, l'accès au crédit se restreint. C'est là un point qui reste inexpliqué pour les différentes théories monétaristes.

En effet, celles-ci suggèrent une relation purement technique entre monnaie de base (centrale), l'argent liquide proprement dit, et la monnaie de crédit créée par les banques lorsqu'elles ouvrent une ligne de crédit à une entreprise. Selon ce modèle, la monnaie centrale sert de base à la multiplication de monnaie de crédit.

Selon Marx, il existe une différence qualitative fondamentale entre la monnaie centrale et la monnaie de crédit. La monnaie centrale a une existence sociale immédiate (un billet de 100 euros s'échange de manière immédiate contre des marchandises). Ce n'est pas le cas de la monnaie de crédit : lorsqu'une banque ouvre une ligne de crédit pour une entreprise, elle n'est pas certaine que cet argent retournera dans ses caisses. Cette monnaie naît d'une relation privée entre la banque et l'entreprise ; elle doit subir une validation sociale, être reconnue comme travail social. L'échéance de transformation est seulement reportée.


Le système monétaire international dans une impasse

Après les accords de Breton-Woods, toutes les monnaies étaient définies par rapport au dollar, et le dollar était défini par rapport à l'or. La place prédominante du dollar dans les échanges internationaux a conduit certains économistes à penser que le dollar avait remplacé l'or dans son rôle de monnaie universelle. Mais l'absurdité d'une telle conception éclatait au grand jour quand en 1971, les États-Unis décrétaient l'inconvertibilité de l'or en dollar.

Le dollar, monnaie nationale, ne peut jouer le rôle de monnaie internationale. Un pays ne peut pas régler ses échanges internationaux en émettant de la monnaie nationale : « La validation sociale, à l'échelle internationale, des travaux privés s'exprime dans la conversion des marchandises en monnaie, dans le règlement ultime des soldes en cette monnaie universelle ». L'or n'a jamais vraiment disparu du système monétaire international, il continue à être utiliser comme réserve.

Ainsi, il est absurde d'expliquer la récession mondiale par de mauvais « choix » monétaires. En France, un retour au franc permettant une politique monétaire autonome est aussi un pur mirage. Il suffit pour cela de constater les difficultés actuelles de la Grande Bretagne, malgré sa politique d'assouplissement quantitatif. De même, la proposition de Keynes, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, d'instituer une monnaie commune supranationale reste tout autant illusoire, chaque impérialisme défendant bec et ongles ses propres intérêts. C'est ce qui explique l'instabilité chronique du système actuel, sans monnaie universelle.

En conclusion Louis Gill rappelle que « la crise actuelle met éminemment en relief les limites de ce système, l'incompatibilité, comme le disait Marx, entre la taille de plus en plus grande, c'est-à-dire de plus en plus sociale, des moyens de production et le caractère de plus en plus privé et concentré de leur propriété ».

Il évoque la prise de conscience grandissante de « la situation sans issue dans laquelle nous enferme » le système capitaliste. Il soulève la question de la « saisie » des banques, celle de l'illégitimité de la dette, sans véritablement développer sur les moyens (politiques et programmatiques) de sortie de cette « situation sans issue » inhérente au capitalisme. Sans doute n'était-ce pas l'objet de cet ouvrage. Quoi qu'il en soit, l'analyse présentée donne les bases indispensables à la discussion et à l'élaboration de perspectives de combat.
Notes

[1]
Louis Gill, La crise financière et monéraire mondiale M éditeur, Collection Mobilisations
Louis Gill a enseigné l'économie à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) de 1970 à 2001. Il a publié plusieurs ouvrages sur l'économie, le partenariat social. Parmi eux : L'économie capitaliste : une analyse marxiste, Presses socialistes internationales, 1976 et 1979 ; Économie mondiale et impérialisme, Boréal, 1983 ; Les limites du partenariat, Boréal, 1989 ; Fondements et limites du capitalisme, Boréal, 1996 ; Le néolibéralisme, Chaire d'études socio-économiques de l'UQAM, 2002. Militant au Syndicat des professeurs de l'UQAM (SPUQ) rattaché à la Confédération des syndicats nationaux (CSN), il a écrit une grande quantité de textes dont plusieurs seront réunis dans un recueil, Trente ans d'écrits syndicaux, publié par le SPUQ lors du 25ème anniversaire de la grève de 1976-1977. Site : http://classiques.uqac.ca/contemporains/gill_louis/gill_louis.html



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Brève :
Monsieur Jean-Paul Agon, PDG du groupe l'Oréal, se dit favorable à une « fiscalité plus lourde pour les chefs d'entreprises »… à condition qu'on ne diminue pas leurs salaires. Précisons que monsieur Agon est le patron le mieux payé de France, avec l'extravagante rémunération de 10,7 millions d'euros… soit l'équivalent de ce que gagnent, en un an, 637 travailleurs payés au SMIC.

Monsieur Agon considère aussi que « Les stock-options polluent le débat ». Ce système, qui permet aux dirigeants de vendre des actions obtenues à prix préférentiel sera donc remplacé… par l'attribution gratuite d'actions selon les performances de l'entreprise. Cherchez la différence…

En 2011, le bénéfice de l'Oréal a été de 2,4 milliards d'euros, et son dividende par action progresse de 11 %. Quant au bénéfice du groupe Total, il s'envole à 12,7 milliards pour l'année 2011.



Mis à jour le 03 octobre 2014


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