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15 décembre 2009, Bulletin
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Culture
Un siècle d'importantes luttes de classes

Yu Hua, 余华, romancier chinois

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Yu Hua est un écrivain chinois né en 1960 à Hangzhou, dans la province du Zhejiang. Son père, médecin a été envoyé dans un village très reculé pour participer à l'éradication de la bilharziose, maladie chronique qui faisait des ravages chez les paysans du sud de la Chine. La famille se retrouve dans un village « si pauvre et arriéré que les habitants n'avaient même pas de quoi s'acheter des vélos ». Yu Hua vit les errements du Grand Bond en avant et les dévastations de la Révolution culturelle ; il fait des études jusqu'en fin de troisième.

Mais il faut travailler et le gouvernement local l'oblige à devenir dentiste « c'était comme cela à l'époque on ne pouvait pas choisir librement son métier » (un dentiste aux pieds nus en quelque sorte). « Au bout de cinq ans, j'en avais marre de toutes ces bouches sales et puantes... c'était le métier le plus horrible du monde... ». « Dans le village je voyais des gens qui ne foutaient rien, ne travaillaient jamais et se promenaient toute la journée dans les rues; je voulais faire comme eux ! » Il s'agissait de fonctionnaires du Bureau de la Culture. Yu Hua finit par leur demander ce qu'il faut faire pour obtenir un poste comme le leur : il faut écrire des romans « courts » (des nouvelles). Yu Hua s'y attelle dès 1983 et le voilà nommé au département culturel du district. Dans la Chine des années 80, celle de Hu Yaobang, les intellectuels bénéficient d'une certaine liberté de création.

En 1988, Yu Hua part à Pékin suivre des cours de littérature à l'Institut Lu Xun, où il rencontre une jeune poétesse, Chen Hong qui deviendra sa femme. En 1993 ils s'installent à Pékin et il devient membre de l'Association des Écrivains de Chine. Il connaît son premier succès international avec Vivre !, un roman « long» publié en 1992 et que le cinéaste Zhang Yimou porte à l'écran (Grand Prix du jury au festival de Cannes 1994).

En 1995 il publie Le vendeur de sang. Yu Hua explique que quelques années plus tard, l'épidémie de sida due au sang contaminé a éclaté dans le Hunan. Son roman est alors apparu comme prémonitoire.

L'histoire se déroule dans la province du Jiangsu sur les trente années qui suivent l'instauration du nouveau régime en 1949. Au début des années cinquante, le personnage Xu Sanguan travaille comme livreur de cocons dans une filature de la ville. Du jour où il apprendra qu'on peut gagner de l'argent en vendant son sang, c'est à cet expédient qu'il aura recours, parfois au péril de sa vie pour faire face à toutes les vicissitudes de la vie. Durant les trente années tumultueuses qui suivent la prise du pouvoir en 1949, il s'acharne à survivre avec sa famille (Xu Yulan, sa femme et ses trois enfants). En faisant vivre ses personnages au quotidien, Yu Hua évoque les errements de la bureaucratie chinoise.


« Xu Sanguan dit à Xu Yulan :

Nous sommes en 1958 il y a eu les Communes populaires, le Grand Bond en avant, les grandes fontes de l'acier (...). Dans le village de mon grand père et de mon quatrième oncle, toutes les terres ont été confisquées. Dorénavant plus personne n'a de terre à soi ; elles sont toutes revenues à l'État. (...) À la filature, on fond de l'acier ; on a construit huit petits fourneaux à l'usine. J'ai la charge de l'un d'entre eux avec quatre autres personnes. Je ne suis plus Xu Sanguan, livreur de cocons à la filature, je suis Xu Sanguan, fondeur à la filature. Sais-tu pourquoi il faut fondre autant de fer et d'acier ? L'homme, c'est le fer ; le riz l'acier. L'acier et le fer sont la nourriture de l'État, son riz, son blé, son poisson, sa viande. Par conséquent, fondre de l'acier et du fer équivaut à planter des céréales dans les champs » (...)

« La famine arrive au mauvais moment dit Xu Sanguan à Xu Yulan (...). Penses donc, ils ont d'abord ramassé les marmites[5] et les bols, le riz, l'huile et le sel, la sauce de soja, le vinaigre et tout le reste. Puis ils ont démoli notre fourneau. Au départ, on a cru que les grands réfectoires pourraient nous nourrir toute la vie. On n'imaginait pas qu'on y mangerait seulement un an. Et qu'au bout d'un an, il faudrait à nouveau se nourrir soi-même. Réinstaller un fourneau coûte de l'argent. Racheter des marmites, des bols, des louches, des assiettes en coûte aussi ; et pour racheter de l'huile du sel, de la sauce de soja et du vinaigre aussi, il faut de l'argent. D'un seul coup voilà englouti tout ce que tu as mis des années à épargner. ».

Le vendeur de sang, Babel/Acte Sud, page 126 et 133

Notes

[5]
Lors du Grand bond en avant, tous les ustensiles en métal ont été fondus dans les petits hauts fourneaux.






Mis à jour le 07 février 2017


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